Elias de Talabec
Je suis Elias de Talabec, et comme mon nom l'indique si bien, c'est du Talabecland que je suis originaire. L'on m'a nommé ainsi en référence à la rivière où l'on nous a trouvé, ma sœur jumelle et moi, alors que nous n'avions pas encore un an. Ce n'est qu'une supposition, mais tout me laisse à penser que si nos parents nous ont ainsi abandonné, c'est que nous portions déjà les signes - quels qu'ils soient - de ceux possédant une certaine affinité avec la magie. Nous avons été trouvés par un trappeur, puis confiés à deux familles distinctes, et c'est ainsi que nos routes se sont séparées. J'ai longtemps essayé de remonter le fil des événements pour retrouver la trace de ma sœur, sans jamais y parvenir, malheureusement. J'aime à croire qu'elle est toujours vivante et heureuse, à l'abri des dangers de ce monde.
Je n'ai que très peu de souvenirs de la famille qui m'a accueilli durant ces quelques années, car dès l'âge de 7 ans, l'on m'a conduit au Collège de Magie de Einzelheit, à Ravenstein, une petite ville au nord-ouest de la région, bordant la rivière. Je découvris la ville - pourtant si modeste - avec émerveillement, moi qui n'avait connu que la hutte en torchis d'un petit hameau de campagne. Ses petites maisons de pierre et de bois, ses ruelles pavées, ses commerces et ses habitants, tout me paraissait incroyable. Et un peu à l'écart, dans les faubourgs, se dressait la tour des Mages. Ce Collège avait pour particularité d'être spécialisé dans la reconversion des sorciers des taillis, une tâche que les Magisters menaient à bien avec l'aide des Répurgateurs locaux. Mais il accueillait également des apprentis, et c'est en cette qualité que l'on m'autorisa à m'y installer.
C'est donc entre ces murs que j'ai passé la majeure partie de ma vie. Les Magisters, renégats, répurgateurs, domestiques, apprentis et moi y formions une drôle de petite famille. J'aurais d'ailleurs mon lot d'histoires - aussi incroyables que terribles - à raconter ! J'y ai été (et le suis encore) sous les ordres de mon Mentor et Maître, le Magister Amalric Azhellen, un vieil homme aux yeux gris d'orage, cabotin et colérique, mais pourtant sage et avisé. Ma vie d'apprenti magicien a été composée en grande partie du nettoyage des sols, du rangement du matériel, de la préparation d'ingrédients, et de très nombreuses heures de lecture et de cours pratiques et théoriques. Azhellen m'a appris tout ce que je sais, "ce qui est fort peu, compte tenu de tout ce tu ignores encore", comme il aimait à le répéter.
Ce n'est qu'à mon vingt-et-unième anniversaire qu'il considéra que j'étais prêt à accéder au rang d'apprenti supérieur : je pouvais enfin quitter Einzelheit et partir découvrir le monde, dans le but de parfaire mes connaissances et mon art. Il me confia pour mission de me rendre en Middenland, où la guerre faisait rage, afin d'apporter tout l'aide que je pouvais à la population. Armé de l'autorisation écrite de mon Maître (ainsi que d'un fusain et de papier pour mes croquis), je fis donc mes bagages et quitta Ravenstein la boule au ventre : il faut dire qu'une vie de solitude et de confinement ne vous prépare en rien au monde du dehors. Mais je me réconfortais en me remémorant les dernières paroles du Magister : "Tu pars seul, mais je ne serais jamais très loin".


